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Published on: Tendances

Le monde du F&B post-covid-19, épisode 2. La mort du Fonds de Commerce, mythe ou réalité?

Nous savons bien qu’ouvrir ce débat, c’est mettre de l’huile sur le feu… Pourtant, nous ne pouvons pas faire l’impasse. Le Fonds de Commerce, déjà très attaqué depuis quelques années, signe à travers cette crise son arrêt de mort. Pourquoi ? Pour comprendre, revenons aux fondamentaux…

Une exception française

Dispositif typiquement français, le Fonds de Commerce a toujours été la cheville ouvrière du CHR. Né au milieu du XIXe siècle, et suite à une vague de faillites, le législateur décide alors de protéger le « petit » commerçant en donnant une valeur à son exploitation par la valorisation d’éléments incorporels (sa clientèle, les compétences de son personnel, son droit au bail, le nom commercial) et d’éléments corporels (son stock, son matériel, etc…). En échange de quoi, le commerçant devra alors s’acquitter d’un loyer payé à son propriétaire bailleur. En d’autres termes, par le paiement d’un loyer, le propriétaire bailleur confère à son commerçant locataire le droit d’exploiter le flux qui, demain, deviendra sa clientèle. Cette coquille juridique garantissait une forme de rente. À la fois un revenu d’exploitation et un ticket de sortie pour le commerçant mais aussi, une augmentation de loyer garantie au bailleur.

Mais aujourd’hui, concrètement, quel bailleur peut garantir un flux de potentiels clients ? Inversement, quel exploitant peut prétendre vendre à son repreneur sa clientèle, son achalandage, ses salariés, son nom commercial… ? Et surtout, quelles solutions envisager pour sauver le monde du F&B et plus généralement le commerce physique ?

Le Covid-19, la goutte d’eau de trop

Alors que surgissent de plus en plus de phénomènes « extra-ordinaires » tels que le terrorisme, les gilets jaunes, les grèves et aujourd’hui le Coronavirus, comment se projeter dans la certitude de récupérer du flux (la fameuse clientèle de passage) et pour cela, payer éternellement un loyer et un emprunt bancaire sur 7 ans ? Nous assistons à la fin de la rente à mesure que le flux est incertain. Devenu de plus en plus palpable depuis quelques années, le bras de fer entre bailleurs et locataires s’annonce féroce avec la tornade Covid-19 qui n’aura d’effet que de précipiter l’inévitable : le point de rupture.

Les premières déclarations (de guerre) n’ont pas tardé à l’instar d’H&M ou Adidas qui ont déclenché une polémique en Allemagne après avoir décidé de suspendre le paiement de leurs loyers. Même scénario pour nos restaurateurs qui, de partout, ont commencé à clamer leur stupeur, face à une situation catastrophique invoquant le cas de force majeure.

Certaines chaînes de restauration rapide tels Piadina ou Bchef se sont réunies, aux côtés d’autres réseaux pour mener une action collective contre leurs propriétaires bailleur (essentiellement des foncières) et les forcer à entamer des négociations. C’est clairement la panique d’autant que les mécanismes de chômage partiel ont été pour beaucoup un véritable parcours du combattant quand pour d’autres, il leur a clairement été indiqué qu’ils ne pourront en bénéficier car il appartenait aux enseignes de restauration de laisser tourner leurs activités de vente à emporter et de livraison.

Les foncières, de leur côté, ont aussi dû gérer des situations complexes : aménagement et report de loyers, gestion de leurs centres commerciaux en partie fermés pour laisser l’accès aux commerces dits essentiels, arrêt des chantiers de rénovation, renégociation avec leurs propres financeurs…

Chacun se renvoie la pareille, et pourtant, tout le monde est dans le même bateau.

Article à retrouver sur le site snacking.fr